Depuis plusieurs semaines j’ai des douleurs incessantes au ventre, aux abdomens. Un grand mal m’a atteint. Au vu des résultats des différents examens, le médecin est catégorique.
- C’est comme à la guerre, sous les bombes des personnes sous l’effet de la peur se perforent le ventre.
- Certes, et dans mon cas qu’est-ce que ça signifie ?
- Tout simplement la pétoche !
- La pétoche !? lol
- Oui, tous les résultats sont négatifs, c’est psycho somatique.
- Ah bon … en fait je ne vous ai pas dis, je change complètement de vie dans quelques jours…
Derniers conseils sanitaires et diététiques. J’apprends au passage que les produits laitiers d’après le médecin devraient être interdits a la consommation car trop mauvais pour l’organisme. « Avez-vous déjà vu un taureau téter une vache ? Non ! C’est que ce n’est pas naturel donc éviter tous les produit laitier ».
Examen général rapide :
- Tout va Bien ! Dernière question, est ce que vous ronflez ?
- Euhh… oui un peu parfois…
- C’est bien ça, ça s’entend !
- Ça s’entend ? (rires) que voulez vous dire ?
- Votre langue n’est pas en place, on l’entend à votre manière de parler. Il faudrait la rééduquer quand vous en aurez le temps, ça prend plusieurs séances sur six mois.
Avec la pétoche et la langue pas en place, je vais plonger dans le brut nigérian…
5 novembre 2006
Après un vol Paris-Lagos, je suis arrivé à l’aéroport de Warri, celui de Port Harcourt étant fermé depuis plus d’un an suite à un incendie.
Il fait chaud, très lourd, c’est la fin de la saison des pluies. Un bus attend les employés de la société pour les conduire à Port Harcourt. 200km sépare les deux villes. Le compte est bon, tout le monde est arrivé. Règles immanquables de sécurité, le chauffeur ne démarre pas tant que les ceintures de sécurités ne sont pas toutes bouclées et les portes bloquées. On démarre, le mouchard et les employés témoigneront de la conduite du chauffeur en cas de problème. Les anciens et les nouveaux font connaissances, l’activité dans le pétrole au Nigéria a explosé, le rythme de travail est intense, il manque encore de personnel qualifié, la vie n’est pas facile, c’est l’Afrique ! Mais on se fait beaucoup d’argent !


Le long de la route (qui est en très mauvais état), c’est un enchainement de pipeline, de Church of…. (Eglise de… ), de carcasses de véhicule et de tas d’ordures.
La population, à l’image de son environnement, vit dans une misère noire.
Par moment des contrôles militaires. Les soldats, armés d’un outil qui doit au mieux avoir 2 fois leur âge, stoppent et contrôlent les véhicules. On comprend mieux pourquoi le gouvernement ne fait pas la loi partout.

A Port Harcourt, la circulation se fait dans une anarchie sans commune mesure. Petits ou grands véhicules, chacun veut pousser l’autre et avancer. Bilan, personne ne bouge. On rêve du périphérique parisien en heures de pointe ! Après 2 heures d’embouteillage, on arrive au camp.
A première vue, il s’agit d’une petite résidence pavillonnaire très propre et calme. Petit tour des lieux, on y remarque un espace jeux pour enfants, la télévision satellite, une piscine, une salle musculation…le passage sur la balance me dit que j’en ai besoin ; des blocs de climatiseurs, des espaces verts, et plein de petites bêtes qui lézardent sur le bitume chaud : un monde totalement différent de celui vu dehors.



Mais en y regardant de plus près, ce n’est qu’une apparence !! Les murs qui entourent la résidence ressemblent à ceux de la Santé. L’entrée est protégée par un sas (une double porte) qui empêche de voir l’intérieur du camp. Elle est aussi gardée par des agents de sécurité. Tout est contrôlé, personne n’a le droit de sortir seul. La situation pré-électorale est particulièrement dangereuse. De nombreux employés du pétrole, nigérians ou étrangers, se sont fait enlever ou attaquer durant ces derniers mois.


Les appartements ou villas sont partagés entre les employés. On y a tout ce qu’il faut niveau confort, mais le coté déco reste à revoir. Ça a plus l’austérité d’un dortoir que la chaleur d’un foyer.
L’employé ne s’occupe de rien, le ménage est fait tous les jours de la semaine. Service pressing, cantine, bar, chauffeur pour aller sur le lieu de travail : l’employé est là pour ses compétences, il n’a pas de temps à perdre à d’autres tâches.
Le jour suivant, je ne supporte pas d’être enfermé alors je cherche un subterfuge. Les gardiens sont sympas mais ils ne peuvent enfreindre les règles.
- Je dois aller faire des courses, j’ai besoin de quelques produits.
- Le shopping, c’est seulement le samedi matin, il y a un convoi escorté chargé de la sécurité
- Mais je dois aussi aller chez le coiffeur !
- Pas de problème, on va l’appeler, il viendra faire son boulot ici.
Message bien compris…durant le séjour, jusqu’à nouvel ordre, la vie se résumera au boulot-dodo.
15 novembre 2006
Le soir suivant aura marqué cette vie de brute par une bagarre au bar. Revenu du rig (plateforme) où l’alcool est interdit, trois de mes collègues n’ont rien eu d’autre à faire que de se défouler sur des caisses de bière…Inévitablement, les esprits se sont échauffés et ils en sont arrivés aux poings.
Lundi, première rencontre avec mon nouvel environnement de travail : la base. Distante de 15min du camp (quand la circulation est fluide), elle se situe non loin des bureaux des pétroliers étrangers.
Comme pour le camp, les entrées et sorties sont surveillées.

A l’intérieur on y trouve une succession de forets pour perceuses géantes. Les bureaux se trouvent au fond de la base. Un marquage au sol montre le chemin à suivre pour y arriver. Je l’emprunte, quand un manutentionnaire nigérian me double et m’interpelle : « Heyy oyibo ! How are you ? » (Heyy le blanc, comment ça va ?). Très surpris, je le regarde fixement…c’est la première fois de ma vie qu’on m’appelle « blanc » !!!

A l’intérieur de l’immeuble un comptoir derrière lequel une jeune fille nigériane à l’air de s’ennuyer, le téléphone ne sonne pas, le temps à l’air de passer lentement. Au-dessus d’elle, un portrait du président actuel Olusegun Obasanjo et du gouverneur de l’état.
Olusegun Obasanjo a été élu démocratiquement en 1999 puis en 2003. Il a participé dans les gouvernements militaires précédents et tenté des putschs. Ce qui l’a conduit en prison où il a eu sa « renaissance » dans le monde civil en « rencontrant Dieu » qui l’a fait devenir anabaptiste. Entre les deux portraits, des pendules sont fixées sur l’heure locale et l’heure de Houston. Bienvenue dans le monde du brut…tout se passe et se décide par les pétroliers basés au Texas !
Juste en dessous, un spot d’information demande aux employés de prendre les armes contre le Plasmodium falciparum…la forme de malaria (palu) la plus dangereuse, parce que mortelle. Pour la combattre, rien de plus simple: prendre son cachet de Malarone tous les jours et mettre la clim à fond la nuit…le moustique femelle à l’origine du parasite ne pique que la nuit et n’évolue pas à une température inférieure à 20 degré.
Un kit d’urgence, servant de test et de sérum, est donné à chaque employé depuis 2003. Il doit être greffé à son propriétaire et doit remplir sa fonction dès que le doute apparait. Depuis 2000, c’est 6 employés occidentaux que le parasite a tué…trop important pour la société, le risque doit être nul. De l’autre côté du monde expatrié, c’est un africain qui en meurt toutes les 30 secondes; plus d’un million de morts par an.
Des affiches faisant la promotion de la sécurité au travail tapissent le reste du mur. La sécurité c’est justement ce qui va occuper toute ma semaine. Tout va être étudié : les équipements de protection, la bonne utilisation des outils de travail, la signalisation, la conduite de véhicules, les effets néfastes du café et du manque de sommeil, etc.… La prévention est primordiale, rien ne doit devenir « hazardous » (dangereux). Tout est calculé, réglé, régulé, labélisé, à l’image d’un film futuriste où des clones travaillent dans une usine, suivent des trajectoires bien définies sans dévier ; tout est machinal, et l’imprévu considéré comme une aberration.
Voilà le monde dans lequel on est, jusqu’à franchir les portes de la base. Une fois sorti de la fourmilière, c’est le malheur africain qui peut nous écraser à tout moment.

Salman, 27 ans, un « fresh fish » (poisson frais) comme on désigne les nouveaux venus ici. Enfin lui n’est pas tout à fait frais, il a une expérience de 5 ans dans les pays du Golfe persique.
D’origine pakistanaise, son père a un business entre le Pakistan et la Chine. Venant d’un milieu aisé, il a pu faire des études qui l’ont honoré d’un master en géologie. Celui-ci lui a permit de sauter dans le baril !
Il a hâte de partir sur le rig (plateforme)…chaque jour passé dans un bureau lui fait perdre son indemnité terrain : « Je connais déjà toutes ces règles de sécurité, je n’ai pas accepté mon contrat pour des formations sécurité. Si on compte 170$ par jour de prime terrain, en une semaine, je perds plus de 1000$ ! T’imagine ! ».
Ce qui lui semble inimaginable, c’est que je ne possède pas de voiture et encore moins de télé. « Pas de télé, ni de voiture ! Comment est-ce possible en France ? Mais que fais-tu de ton temps libre !? Tu ne regarde pas de films indiens ?!! Moi, j’en suis fan, j’en ai une pile, je peux te les prêter ! »
Il est musulman mais ne fait pas sa prière. « Habituellement je la fais, mais ici, je ne sais pas vers où diriger ma prière alors je laisse tomber, pas d’importance ».
Il n’a apparemment pas l’habitude de voir des noirs. La chevelure des femmes l’intrigue.
Il se demande comment elles arrivent à faire des tresses aussi longues alors qu’elles ont peu de cheveux…« Mais une fois les tresses faites, comment se lave-t-elles les cheveux ? Il faut défaire et faire? »
Avec son salaire en dollars, il est le roi de la roupie dans son pays ! Il connait maintes combines pour gagner quelques roupies par dollar…
De toute manière, la plupart des pétroliers exigent des formations sécurité pour pas que leurs puits soient entachés d’accidents. Les critiques concernant leurs profits coulent déjà à flots, inutile d’en rajouter.
Aucun risque ne doit être encouru…En cas de kidnapping, qui est ici une occupation assez lucrative, on ne doit opposer aucune résistance. Il faut se laisser dépouiller, tout accepter des ravisseurs !
Il faut aussi se mettre à terre lors d’un assaut, car c’est en particulier à ce moment là qu’un otage peut être tué(1)…Et ne faire confiance à personne, y compris (et surtout) à l’armée nigériane (les ravisseurs portent leurs uniformes lors des attaques)…excepté s’ils sont en compagnie d’un employé de la société.
Ces kidnappings sont un secteur tellement porteur (!) que du coup, ces groupes sont mieux organisés et mieux équipés que l’armée nationale !
Depuis quelques temps, dotés de zodiacs et autres bateaux très puissants, ils s’en prennent aux plateformes en mer. Mais voilà, pour que les barils continuent d’affluer chez l’oncle Sam (1million par jour), l’administration américaine vient former et équiper les gardes côtes nigérians afin de lutter contre ces mafias.

Plus loin sur le mur, une affiche encadrée du type, WANTED 50 000 Naira par trimestre et par personne! (pour info, le salaire d’un fonctionnaire est de 7900 Naira)…Pour qui ? Pour quoi ? Il s’agit d’une prime donnée à n’importe quel employé qui proposera des initiatives pertinentes pour améliorer la sécurité et les conditions de travail sur la base.
Et ça paye ! En fin de semaine, plusieurs employés modèles recevront l’équivalent de 5 barils de brut en bons-cadeaux utilisables dans quelques magasins chics de la ville.
Vous l’aurez compris, la sécurité est l’un des fers de lance de la société, ainsi que la qualité…c’est d’ailleurs la réputation de l’entreprise dans le cercle très fermé des compagnies pétrolières.
En milieu de semaine, des managers venus du siège, viendront affirmer aux employés qu’ils sont le moteur de la société, qu’ils représentent les dirigeants de demain et que des investissements massifs sont prévus pour l’année prochaine. Avec un bain de foule et une table ronde, leur but est de montrer qu’ils sont proches de leur peuple, contrairement aux dirigeants nigérians…
(1)Mercredi 22 novembre, des employés de la société italienne ENI se sont fait kidnapper alors qu’ils rejoignaient leur plateforme en bateau. Quelques heures plus tard, l’armée nigériane décide de lancer l’assaut pour libérer les sept employés étrangers. Bilan un employé britannique tué et un italien blessé.
23 novembre 2006
C’est le slogan de la pub pour le bouillon Maggy. Ce goût festif, je l’ai enfin trouvé !!! Malheureusement pas au Nigéria, mais on m’annonce que je dois passer 10 jours à Cape Town en Afrique du Sud pour une formation. Et puis ma rotation débutera juste après, donc retour à Paris. Un mot me vient à l’esprit : liberté !
En attendant, concernant mes péripéties, c’est avec amertume que j’ai gouté au shopping à Port Harcourt. Comme je l’ai mentionné précédemment, le shopping est uniquement le samedi. Pour des raisons de sécurité, les heures de départ ne sont pas communiquées à l’avance…ça pourrait nous faire tomber dans une embuscade. Il faut voir « the Camp Boss » (le chef du camp) pour les connaître.

Je peux vous dire qu’en allant faire son shopping, on se sent minable, très minable, honteux, désolé mais forcé de subir cette manière de faire ses courses en raison des conditions de sécurité. Une escorte composée de deux hommes armés accompagne le bus sans le lâcher d’un pneu. Un freinage sec et le chauffeur du mini bus se retrouve assis sur le capot de la voiture de derrière. Excepté ce point, toutes les précautions sont prises, le bus s’arrête juste devant l’entrée du magasin, le temps de faire des courses et on remonte directement. Tout débordement est interdit. 
Ce qui blesse énormément, c’est « la misère intouchable » que l’on voit et qui côtoie comme un monde irréel à ses yeux, celui de la classe dirigeante et du monde des expatriés.
C’est ces « moins d’un dollar par jour » qui côtoient « les milliers par mois ». 70% des nigérians vivent avec moins d’un dollar par jour (parmi la population la plus pauvre au monde alors que son gouvernement brasse des milliards de pétrodollars chaque année).
C’est à la manière indienne un fatalisme forcé et paradoxalement accepté.

En tant qu’occidental, on a trop l’habitude d’être dans un confort que rien ne vient perturber. Une misère que l’on veut cachée, ne pas connaître, parce que trop scandaleuse. Mais être dans un véhicule et voir ces mendiants et ces vendeurs se jeter dessus, pour essayer d’empocher quelques sous pour manger, c’est insupportable. Les sentiments que l’on ressent sont insoutenables. Des gens crèvent de faim à mes pieds, et là, il n’y a pas la possibilité de zapper le « 20h »…
Je suis fin prêt pour aller sur le « rig » (la plateforme pétrolière). Ça m’a coûté une semaine de formation pour apprendre la survie en cas d’incendie sur le rig ou en cas de crash d’hélicoptère. On ne peut compter que sur soi car pas de pompier en mer - ni sur terre d’ailleurs - vu leur efficacité !

Uniforme orange, casque jaune, casque antibruit rouge ; grand, trapu, la voix qui porte, l’employé nigérian de la société Shell va nous mettre rapidement au diapason. Entraînement militaire pour devenir pompier ! Le lieu est une base d’entraînement que les compagnies prêtent régulièrement au gouvernement nigérian qui n’a soi-disant pas les moyens de s’offrir un tel équipement pour entraîner ses pompiers !
J’observe mes camarades de fortune et comprend vite que l’aventure pétrolière attire toutes les nationalités du monde.
Un peu provocateur, notre formateur nigérian questionnera un américain:
- Jonathan, tous les américains s’appellent Jonathan ou William ! Est-ce vrai que les américains veulent faire la police dans le monde ?
- Oui…
- Non ! Ce n’est pas vrai ! Malheureusement ! Sinon le monde ne serait pas dans l’état actuel. Mais leur problème, c’est qu’ils sont aussi haïs dans le monde que les Nigérians en Afrique ! 
Les journées de formation concernant le crash d’hélicoptère ont été dirigées par un pasteur qui terminera la partie théorique par la « prière du pêcheur » que tous les Nigérians réciteront du plus profond de leur cœur. Comme dit Mathieu, un expatrié français, quand tu les verras à l’eau tu comprendras que seul Dieu peut les sauver.
De son côté, Salman, mon colocataire pakistanais, ne décroche pas des cheveux des africaines. « Incroyable ! Tu as vu ça !? Leurs cheveux, même mouillés, ils sont secs !! Je ne comprends rien, comment est-ce possible ? Il faut que je leur pose des questions… »
Sinon, j’ai fait une gourde énorme pour un ancien informaticien…sans faire attention, j’ai envoyé un mail incendiaire à la totalité des employés de la compagnie basés au Nigéria, au lieu de l’envoyer à quelques personnes ciblées. Je dénonçais les nigérians et leur « manque d’éducation » concernant l’utilisation – ou plutôt la non utilisation - des poubelles. Bilan : 1077 personnes ont reçu le mail ! J’ai été applaudi par les expatriés mais ça n’a pas été du goût des locaux…je suis wanted ! Nouveau email -> mes excuses…
Vendredi après midi, le comité d’entreprise distribuera à l’occasion de Noël un panier garni version locale, autrement dit, un sac de 25 Kg de riz pour chacun des employés.
A leur bon cœur, les expatriés réuniront leur part pour la donner à un orphelinat.
A l’extérieur du camp, une soudaine agitation : version plus soft des kidnappings, une manifestation a réunie plusieurs dizaines de personnes. Leur revendication : demande d’argent, bien sûr.
Relations publiques obligent, la société est déjà à l’origine d’un certain nombre de routes, de ponts, de carrefours, de points d’eau dans la région. Mais ce n’est pas suffisant pour les manifestants. Apparemment, il est plus facile de demander aux compagnies étrangères de partager les 20% des revenus pétroliers qu’ils gagnent, plutôt que les 80% qui finissent dans les comptes suisses de quelques familles nigérianes bien connues.
2 décembre 2006
Beaucoup peuvent se demander ce que je trouve de passionnant dans une telle vie d’expatrié. Et bien je vous réponds tout simplement : rien !
Le fait de ne pas pouvoir sortir, de ne pas avoir de liberté de mouvement me pèse énormément. Que ce soit un pays avec des conditions de vie difficiles ne me dérange pas, mais tout l’or du monde ne vaut pas la liberté.
Ce que j’aime dans les voyages - et c’est l’image que je me faisais d’une vie d’expat - c’est que si on le veut, on peut voir les gens du pays, discuter, partager, échanger…mais là, il n’en est rien.
Pour en revenir à l’envoi de mon email critiquant le manque d’éducation des nigérians qui n’utilisent jamais les poubelles, les avis ont été partagés en deux.
Premièrement : les expatriés qui pensent qu’il faut faire quelque chose parce que c’est un réel problème.
Et les nigérian qui ne voient aucun problème à ça, du moment qu’il y ait un service qui se charge de nettoyer après !
Ce qui est grave, c’est que des personnes du management tiennent ces propos ! « Pas de problème de jeter les déchets par terre vu que c’est nettoyer après. Ce n’est pas un problème que de ne pas avoir le reflexe poubelle » !… bonjour l’image de la société !
Ce mail a par ailleurs lancé pas mal de discussions qui nous ont appris, entre autre, que les poubelles du camp étaient déversées par le sous-traitant qu’on paie, au pied d’un pont en plein « centre ville » ! Re-bonjour l’image de la société ! Selon le chef du camp, les personnes responsables de la société sont prévenues depuis un moment mais rien n’a changé …

A Port-Harcourt comme dans le reste du Nigéria, et même dans les pays limitrophes, on trouve beaucoup de vendeurs comme celui de la photo.
Le Nigéria produit un très bon pétrole car léger et pauvre en souffre. On l’appelle Bonny Light. Le brut Nigérian est un produit de choix pour la production de carburant. En effet, contrairement au brut saoudien, il n’augmente pas la consommation des voitures en hiver (le brut saoudien réagit au froid). De plus, son prix est légèrement supérieur au baril saoudien.
Bien que le Nigéria ait beaucoup de pétrole et de très bonne qualité, il est importateur de carburant, en particulier de gazole. Ce qui est en cause, c’est simplement le manque d’infrastructures pour raffiner. Ce qui crée une dépendance vis-à-vis de l’étranger.

Ci contre un vendeur de Kérosène. Celui ci sert a faire la cuisine. Le kérosène est transvasé dans une bonbonne de gaz puis avec une pompe manuelle on y injecte de l’air qui augmente la pression et propulse le kérozène comme du gaz. Une bonbonne rechargeable par soit même.
Que ce soit de l’essence, du gazole, des lubrifiants, du kérosène…tout se vole et se revend d’une manière à peu près identique.
Se servir dans les oléoducs est une pratique tellement courante que ça porte un nom : le « bunkering ».
La population, ou plus les contrebandiers, attaquent les pipelines et détournent plus de 200 000 barils par jour (3 milliards de $/ an). Il arrive que ces détournements d’hydrocarbure aboutissent à des tragédies. Le phénomène est aussi endémique que la pauvreté, même la mort ne l’arrête pas.
En mars 2006, des contrebandiers ont essayé de perforer un oléoduc. Bilan : 200 morts dû à l’explosion.
En 1998, une explosion due au bunkering a tué officiellement 1100 personnes à Warri, 2 ans plus tard une autre explosion fait 300 morts.
Le pétrole volé est ensuite raffiné manuellement, ce qui n’en fait pas un carburant de bonne qualité. Qu’importe ! Il est vendu moins cher ! Les prix qui ont doublé depuis mars dernier n’arrangent rien. L’essence se vend à 65 Naira alors que le gazole est à plus de 90 Naira. L’affaire est plus juteuse au Niger où le prix du carburant a quadruplé en un an !
Ces carburants de contrebande revendus par des petits vendeurs sont principalement destinés aux « okada », les motos taxis du Nigéria : le moyen de transport le plus rapide et le moins cher…mais aussi le plus dangereux.

Ce business du bunkering fait vivre des milliers de familles au Nigéria mais aussi dans les pays frontaliers. De l’autre coté, il finance les mafias locales et les chefs de guerre qui s’arment de plus en plus, ce qui leur permet d’affronter les troupes gouvernementales, attaquer les plateformes en mer et kidnapper les employés du pétrole.
12 décembre 2006
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